Dimanche 30 Bonne nuit, nous nous levons avec la famille vers 5 h30
Petit déjeuner, rangement et nous voilà prêts dès 7 h
Devant la maison qui jouxte une école la belle-fille a
installé une boutique de bonbons et avant de partir, nous voyons les écoliers
qui viennent y dépenser 4 sous. Petite photo-souvenir avec nos hôtes qui ont
été charmants !

Nous nous dirigeons vers le temple de Beng Mealea au nord de
Dam Daek. Il y a peu de circulation sur ces pistes éloignées des routes
principales. Parfois quelques centaines de mètres sont goudronnées puis très
vite on retrouve cette terre rouge. Peu de voiture plutôt des mobylettes , dont
nous observons avec étonnement le lourd chargement, encombrent la
chaussée ! Ici ce sont des noix de cocos ou des bananes, là des poulets ou
des cochons, ensuite des meubles ou des matelas et fréquemment nous voyons une
famille de 4 voire 5 personnes chevaucher une pétoire ! C’est vraiment un
spectacle de tous les moments que de croiser ou de dépasser toutes sortes de
chargements en équilibre instable !
A l’heure des écoliers ce sont aussi des dizaines de vélos qui roulent sur les bas-côtés, les
plus jeunes avec souvent un vélo trois fois trop grand et un copain, ou deux,
sur la selle, les plus grands, surtout les filles, avec une allure très digne,
bien droite, l’uniforme impeccable, un joli chapeau sur la tête les protégeant
du soleil, les cheveux noués en queue de cheval, sont plus prudents.
C’est l’heure aussi où les bonzes passent de maison en
maison quêter leur repas de la journée et nous les avons vus souvent attendre l’obole sur le bord
du chemin, belle image !
Les villages sont installés le long de tous ces axes de circulation et cela génère une grande activité.
Le temple Beng Mealea est perdu dans la jungle, il date du
XII ièm siècle, après le groupe de Roluos. La forêt autour n’a pas été dégagée,
le temple est envahi par les ficus étrangleurs, beaucoup de déambulatoires sont
effondrés mais subsistent encore de belles balustrades aux fausses fenêtres.
Dans le site, le circuit est largement facilité depuis le passage de J.J Annaud
qui a fait construire une passerelle en bois pour le tournage du film
« Deux frères ». Il n’est plus nécessaire de franchir de gros blocs
de pierres et ce n’est que pour le plaisir qu’il est possible de se perdre dans
les décombres et la végétation. Nous avons beaucoup aimé cet endroit serein,
calme et en même temps plein de présences…

Nous voici au pied de la montagne sacrée de Phnom Kulen
« la montagne aux litchis » dommage, ce n’est pas la saison ! Ce
soir nous allons dormir là-haut dans une pagode, en attendant il faut monter
les 350 m de dénivelée sous forme d’escaliers et sous 33°… nous empruntons le chemin des pèlerins,
nous atteindrons notre Nirvana !
En y allant doucement, ça doit le faire ! à mi-pente
une pagode avec une source où l’on vient de loin récupérer l’eau sacrée (tiens
ça me rappelle quelque chose !), nous nous reposons un peu, puis les
escaliers sont plus raides mais à l’ombre et au bout d’une heure et demie nous
sommes sur un chemin de crête dans la forêt, encore une petite heure de marche
pendant laquelle Channara nous fait découvrir toutes les espèces d'arbres sur le passage : gommier, fromager, rotin....
Nous traversons une première rivière aux lingas, en fait il
y a deux sites. Ici, les lingas (symbole phallique) ne sont sculptés que dans
le fond de la rivière, il y en a sur des centaines de m2, la trentaine de cm
d’eau limpide permet de bien les voir. Des enfants s’amusent dans le courant.
Plus loin deux belles cascades avec une aire de pique-nique… beaucoup de cambodgiens sont là en ce
dimanche, facile d’y accéder, il y a une belle route ! Ils sont en
famille, c’est à la fois un lieu de détente mais aussi de baignade car la
rivière est sacrée. Quelques petits restaurants de l’autre coté d’une
passerelle suspendue, des boutiques qui vendent des brochettes, des bananes
grillées, du kralan… nous mangeons ici et une bonne sieste sur des nattes au bord de l’eau est la bienvenue !
Channara, qui accompagne souvent des groupes, nous fait un
beau compliment en nous disant que c’est la première fois que des gens de notre âge (!) viennent à pied jusqu’ici !


Nous marchons encore un peu pour atteindre un temple (encore
des escaliers !) avec un immense Bouddha couché. Des familles sont là en
pèlerinage, l’une d’entre elles veut absolument que nous posions sur leurs
photos souvenirs, nous devons le mériter car nous y sommes montés !

Le minibus nous a rejoints et nous nous dirigeons vers le Vat Preah Kral
où nous devons dormir. Channara un peu ennuyé nous annonce qu’il y a là-bas
un rassemblement pour la fête de la pleine lune, ce n’était pas prévu,
il y a beaucoup de monde, est-ce-que nous acceptons quand même d’y
dormir, normalement nous devons poser les matelas dans le réfectoire des bonzes…
Ben, allons-y, tentons l’expérience, on verra bien !
Il y a en effet un monde fou ! des tentes un peu partout, de la musique à fond, le son strident des criquets… ce devait être une
nuit au calme ! ça nous fait plutôt rire… un peu moins quand nous arrivons
au réfectoire… une cinquantaine de nonnes, d’hommes et de femmes, au milieu de
montagnes de feuilles de palmier et de noix de cocos fabriquent des offrandes
pour la grande cérémonie du lendemain… on se met où ???
En moins de deux les matelas et les moustiquaires sont installés sur une estrade à côté d’un
autel à Bouddha (Pierre aura une vingtaine d’yeux qui vont l’observer toute la
nuit !) au milieu de l’encens, des bougies… nous sommes à la fois gênés de
notre intrusion et du manque d’intimité !
Pourtant ils nous ont tous accueillis avec plein de sourires
et de gestes amicaux, nous nous mélangeons à eux pour essayer de transformer
avec autant de dextérité en jolis bouquets les lamelles de feuilles… bien sûr
notre maladresse les fait bien rire ! les offrandes sont
surprenantes : des cigarettes (des fois que dans l’au-delà les ancêtres
veuillent fumer) des noix d’arec, des fleurs, de l’encens, le tout en magnifiques compositions.
Nous montons au-dessus du temple, au milieu de bouddhas et
de stupas tous plus dorés ou peinturlurés les uns que les autres pour essayer
de voir le coucher de soleil sur le Tonlé Sap à l’horizon… malheureusement ce
soir il y a de la brume, le spectacle est beau quand même dans cette ambiance surréaliste !


Des gens viennent nous parler en anglais, en fait ce rassemblement c’est
pour célébrer les ancêtres de la famille des donateurs qui
a construit ce lieu. Ils ont immigrés en Californie, ils font des dons importants et reviennent ici chaque année.
Il fait juste nuit quand nous pique-niquons rapidement, nos policiers sont
là !!! oui, oui !!! ils ont installés leur hamac entre les arbres devant le réfectoire !
Nous voyons tous les gens se diriger vers la pagode, c’est l’heure des
prières. Nous restons un moment écouter ces mélopées, les bonzes devant,
les nonnes et les civils à l’arrière, les chiens couchés un peu
partout. « Nos » américains nous proposent d’y participer au milieu
du groupe. Yolande et moi les rejoignons.
Ce ne sont pas les mêmes prières mais ne serait-ce pas le même Dieu ?
Difficile pour nous de rester longtemps assises en tailleur, après un quart
d’heure nous nous échappons… les prières dureront encore
longtemps !

Dans un coin du site une série de wc et de douches (au bol) communes. Les
cambodgiennes se lavent avec leur sarong, bien pratique dans ces
circonstances ! Nous arrivons malgré tout à nous rafraichir, après une journée de marche ça fait du bien !
Il n’est même pas huit heures quand nous sommes allongés sous la moustiquaire ! jamais aussi tôt ! un grand néon au-dessus de
nous, les générateurs juste à l’arrière, la prière est terminée, les gens sont revenus dans la salle et terminent les offrandes…
Et c’est dans le brouhaha des discussions, dans le cri strident des criquets, dans le ronronnement des générateurs, dans l’odeur de
l’encens, à la lumière des néons et des bougies que nous nous endormons malgré tout !
Il est près de minuit quand tout se calme et le silence nous réveille,
plein de gens sont installés sur des nattes autour de nous et entament leur nuit…
Nous vivons un moment unique, exceptionnel…